Djokovic – le "géant" qui défie le temps
- Pierre Howard

- 28 août 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 sept. 2025
À 38 ans, alors que ses foulées paraissent plus lourdes et que son corps trahit l’usure du temps, Novak Djokovic continue d’incarner une soif de conquête et un instinct de combat inaltérables.

Privé de compétition pendant six semaines après sa défaite en demi-finale de Wimbledon face à Jannik Sinner, le Serbe est arrivé à l’US Open 2025 avec un visage fatigué, loin de l’image conquérante qui a marqué son époque. Plus âgé d’au moins neuf ans que les autres joueurs du top 20, il a disputé 80 tournois du Grand Chelem – presque autant que les records de Federer et Feliciano Lopez – et chaque match semble aujourd’hui un défi contre le temps qui passe. On le compare à un « géant » qui tente de se réveiller, de remettre en marche une machine rouillée par les années.
Son entrée en lice à New York, vêtu de noir sous les projecteurs de la nuit, a révélé sa fragilité physique. Opposé au jeune Américain Learner Tien, Djokovic n’a pas concédé de set mais a souffert dans la deuxième manche. « À ce moment-là, je cherchais juste à survivre sur le court », a-t-il confié, le visage rougi par l’effort. Malgré la fatigue visible, il a resserré son jeu dans les moments clés, refusant de prolonger inutilement la rencontre.
« J’ai toujours le talent, toujours la motivation, mais si seulement j’étais plus jeune… », a-t-il murmuré, conscient que chaque Grand Chelem devient désormais une épreuve d’endurance, face aux cadences infernales des « trains express » Sinner et Alcaraz, nouveaux maîtres du circuit.

Au deuxième tour, contre Zachary Svajda, 145e mondial, le scénario fut encore plus périlleux. Malmené d’entrée, auteur de 14 fautes directes dans le premier set et mené 1-3 dans la troisième manche, Djokovic a dû puiser dans son expérience et profiter de la blessure de son adversaire pour inverser la tendance et s’imposer 6-7(5), 6-3, 6-3, 6-1.
Son visage, cependant, ne s’illuminait pas. « Pour être honnête, je n’ai pas bien joué », a-t-il reconnu. « Je ne suis pas satisfait de mon niveau, même si je dois saluer le match de Svajda. Dommage qu’il se soit blessé. » Mais derrière ces propos critiques, une nouvelle page s’écrivait : Djokovic devenait le joueur ayant atteint le plus souvent (75 fois) le troisième tour d’un Grand Chelem, dépassant Federer. Il égalait aussi le record de l’ancien maître suisse à l’US Open (19 troisièmes tours), ainsi que ses 191 victoires en Grand Chelem sur dur. Des chiffres monumentaux, mais que Djokovic semble considérer comme de simples étapes secondaires.
« À chaque fois que je rentre sur un court, je dois prouver que je peux encore gagner », insiste-t-il. « Beaucoup pensent que je n’ai plus rien à démontrer, mais moi, je sais que la victoire est toujours une nécessité. » Car Djokovic n’est pas un homme qui se contente : ses gestes nerveux, ses cris étouffés, ses mains massant une épaule douloureuse en témoignent. Il se bat non seulement contre ses adversaires, mais aussi contre son propre corps.
Il reconnaît d’ailleurs cette réalité : jouer plus lentement, avec moins d’« essence dans le moteur ». Mais derrière la lassitude demeure une volonté forgée dans les épreuves de son enfance. « L’échec n’est pas une option », dit-il. « Dans ma jeunesse, survivre était une question de vie ou de mort. C’est cela qui m’a construit. »
Djokovic admet pourtant que la routine – les sacs, les vestiaires, les voyages – lui pèse davantage aujourd’hui. Ce qui l’anime encore, c’est le défi face aux jeunes loups. « La motivation est intacte. Je suis déçu de mon niveau, mais j’aime la compétition. C’est pour cela que je continue à me pousser. Et je veux affronter les plus jeunes, sinon je ne serais pas ici. »

Dans une interview accordée au youtubeur Jay Shetty, l’auteur de Think Like a Monk, il a confié : « J’ai atteint ce dont je rêvais, mais j’en veux toujours plus. Cela vient de ma passion pour le sport, de ma volonté d’inspirer et de donner de la joie au public. Je ressens encore cette lumière quand je joue. Mais ce désir insatiable vient aussi de mon histoire, de mon lien avec mon père, d’un sentiment permanent de n’avoir pas accompli assez. »
Il n’oublie pas pour autant ses priorités nouvelles. « Si je vais loin ici, je manquerai l’anniversaire de ma fille Tara le 2 septembre, et j’espère que ça ne se reproduira pas », a-t-il souri, laissant planer l’idée qu’après vingt ans au sommet, la fin pourrait approcher.
Son prochain duel contre Cameron Norrie, qu’il a déjà battu six fois en six confrontations, ne représente sans doute pas le vrai danger. Le vrai test sera de savoir si Djokovic peut retrouver assez de fraîcheur pour affronter les Sinner ou Alcaraz dans les tours suivants.

En quittant la conférence de presse après sa victoire contre Svajda, il a finalement offert un sourire rare : « Ne vous inquiétez pas pour moi, la prochaine fois je serrerai le poing encore plus fort, juste pour vous faire plaisir ! » Peut-être que l’US Open 2025 ne verra pas un Djokovic à son apogée, mais avec une légende comme lui, rien n’est jamais impossible. Le géant n’a pas dit son dernier mot.





















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