"Il y avait encore des larmes sur le papier" : Gérard Jugnot se souvient avec émotion des premiers combats d’Isabelle Mergault contre la maladie
- Maxime Lemoine

- il y a 1 jour
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Une semaine après la disparition d’Isabelle Mergault, l’émotion reste vive dans le cœur de ceux qui l’ont connue, aimée et accompagnée tout au long de son parcours. Le vide qu’elle laisse derrière elle semble difficile à combler, tant sa personnalité, à la fois lumineuse et singulière, a marqué les esprits. Ce week-end, c’est Gérard Jugnot qui a accepté de revenir sur leur amitié, livrant des souvenirs empreints de tendresse et d’une profonde sincérité.
Invité au micro de Bernard Montiel dans l’émission "1 heure avec…" sur RFM, le comédien n’a pas caché son émotion en évoquant celle qui fut à la fois une partenaire de travail et une amie précieuse. Dans une atmosphère douce et respectueuse, il a partagé des fragments d’un passé commun, révélant notamment que les problèmes de santé d’Isabelle Mergault ne dataient pas d’hier, mais remontaient déjà à plusieurs décennies.
Revenant sur leur première rencontre, Gérard Jugnot a raconté comment il avait découvert une artiste aux multiples talents. "Je l’avais rencontrée comme actrice au début, elle faisait des petits rôles", se souvient-il. Très vite, pourtant, il perçoit chez elle un potentiel bien plus vaste. Derrière la comédienne se cachait une plume fine, sensible et profondément humaine. C’est cette intuition qui l’a poussé à lui proposer de collaborer sur plusieurs projets.
Leur complicité artistique s’est notamment concrétisée autour du film Meilleur espoir féminin, sorti en 2000. Une œuvre qui, encore aujourd’hui, reste marquée par l’empreinte d’Isabelle Mergault. "Je lui avais demandé d’écrire avec moi", explique Gérard Jugnot, évoquant une collaboration riche, mais aussi traversée par des moments plus difficiles, déjà teintés par la fragilité de la santé de l’actrice.

C’est au cours de cette période que le comédien a découvert, presque malgré lui, que sa partenaire traversait une épreuve personnelle. "Elle avait traîné, et elle me l’avait remis en me disant : ‘Excuse-moi, j’ai des soucis’", raconte-t-il avec une émotion intacte. Puis cette image, forte, presque figée dans le temps : "Il y avait encore des larmes sur le papier". Une scène qui l’a profondément marqué et qu’il n’a jamais oubliée, tant elle révélait une souffrance silencieuse.
Avec le recul, Gérard Jugnot admet ne pas savoir si cette maladie d’alors était la même que celle qui a finalement emporté son amie. "C’était il y a 25 ans, mais je ne sais pas si c’est la même chose", nuance-t-il avec prudence. Une incertitude qui n’enlève rien à l’intensité du souvenir, bien au contraire. Elle souligne à quel point Isabelle Mergault a toujours su avancer, malgré les obstacles, sans jamais se départir de sa pudeur.
Au fil des années, leur collaboration ne s’est pas arrêtée là. En 2018, ils se retrouvent autour de la pièce La Raison d’Aymé, preuve que leur lien artistique s’était transformé en une véritable relation de confiance. Ensemble, ils ont continué à créer, à partager, à faire rire et réfléchir le public, tout en cultivant une complicité rare dans le monde du spectacle.
Mais derrière cette énergie créative se cachait une femme qui, jusqu’au bout, a choisi de rester discrète sur son état de santé. Comme l’a confié Laurent Ruquier dans les colonnes de Paris Match, Isabelle Mergault avait évoqué son problème de santé avec une certaine légèreté apparente. "Elle m’avait parlé de son problème au poumon… au départ, c’était simplement un petit morceau qu’on devait lui enlever", rapporte-t-il.
Dans ces mots, on perçoit une volonté presque instinctive de rassurer, de minimiser, peut-être aussi de se protéger. "Elle prenait ça à la légère. En tout cas, elle essayait de nous faire croire qu’elle le prenait à la légère", poursuit Laurent Ruquier. Une attitude qui correspondait à son caractère : ne pas inquiéter les autres, garder le sourire, même lorsque l’ombre s’installait.
Malheureusement, la situation a rapidement évolué. "Puis, ça a dégénéré", confie l’animateur, avec une tristesse palpable. Le cancer, devenu plus agressif, a progressivement échappé au contrôle des médecins. Pourtant, malgré la gravité de la maladie, Isabelle Mergault n’a jamais cessé d’espérer. "Elle luttait et espérait s’en sortir", ajoute-t-il, soulignant le courage discret dont elle a fait preuve.
Ce combat, mené loin des projecteurs, témoigne d’une force intérieure remarquable. Loin de se définir par la maladie, Isabelle Mergault a continué à imaginer, à créer, à rire, à vivre autant que possible. Elle s’accrochait à ses projets, à ses proches, à cette vie qu’elle aimait profondément.
Aujourd’hui, ses proches s’apprêtent à lui rendre un dernier hommage. Les obsèques de la comédienne se déroulent à Paris, dans un cadre empreint de solennité et de respect. Une cérémonie laïque est organisée à la Coupole du cimetière du Père-Lachaise, avant son inhumation au cimetière de Montmartre.

Ce moment de recueillement réunit famille, amis et admirateurs, tous unis par le souvenir d’une femme hors du commun. Au-delà de la tristesse, c’est aussi une forme de gratitude qui domine : celle d’avoir croisé sa route, d’avoir partagé un peu de son univers, de son humour, de sa sensibilité.
À travers les témoignages de Gérard Jugnot, de Laurent Ruquier et de tant d’autres, se dessine le portrait d’une artiste profondément humaine, capable de transformer ses blessures en création, et ses fragilités en force. Une femme qui, même dans l’ombre de la maladie, n’a jamais cessé d’éclairer ceux qui l’entouraient.
Et peut-être est-ce là, finalement, l’héritage le plus précieux qu’elle laisse derrière elle : celui d’une vie vécue avec intensité, sincérité et une élégance discrète face à l’adversité. Isabelle Mergault s’en est allée, mais ses mots, ses œuvres et les souvenirs qu’elle a semés continueront longtemps de résonner.

















































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