Les collègues et les experts compatissent avec le « clown » Medvedev après la défaite du Russe face à Bonzi
- Auriane Laurent
- il y a 10 heures
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Daniil Medvedev a vécu à New York l’un de ces soirs où le tennis dépasse le simple sport pour se transformer en drame humain. Sur le court Arthur Ashe, devant un public déjà conquis par son intensité et ses fulgurances, le Russe a laissé apparaître ses failles les plus profondes. Battu au premier tour de l’US Open par Benjamin Bonzi après cinq sets haletants, il a fini par exploser : raquette brisée, sanglots sur le banc, regards perdus comme ceux d’un clown épuisé au milieu de la piste.
Frances Tiafoe, qui connaît bien la brutalité de la compétition, a trouvé des mots pleins de compassion. « Daniil a dépassé son seuil de tolérance. Les gens ne comprennent pas toujours la pression constante que nous subissons. Voyager, jouer, recommencer sans cesse… Ceux qui, comme lui, fixent la barre si haut ressentent la moindre défaite comme un tremblement de terre », a-t-il confié, non sans reconnaître que le spectacle avait aussi quelque chose de surréaliste, presque comique, vu depuis les tribunes.

Medvedev, malgré son naufrage, n’a pas quitté le court en ennemi du public. Au contraire, il a partagé sa colère et sa tristesse avec eux, allant jusqu’à jeter six raquettes dans les gradins, comme une offrande aux spectateurs qui l’avaient soutenu du début à la fin. Ce mélange de rage et de générosité a laissé l’image d’un champion écorché vif, à la fois imprévisible et profondément humain.
Boris Becker, témoin attentif et ancien numéro un mondial, n’a pas mâché ses mots : « Daniil traverse une crise psychologique. Ce n’est pas seulement une question de technique ou de physique. Il doit accepter de se faire aider, comme Rublev a su le faire. S’il me sollicite, je serai là. Mais au bout du compte, c’est à lui de décider ».
Le contraste est saisissant. Medvedev, champion de l’US Open 2021 après avoir terrassé Novak Djokovic en finale, finaliste à deux autres reprises à New York, est désormais méconnaissable. Depuis son titre à Rome en 2023, il n’a plus remporté un seul trophée. Pire encore : six finales perdues d’affilée, dont deux en Grand Chelem, comme une série maudite qui s’allonge sans fin. Cette saison, son unique éclair fut une finale à Halle, bien trop maigre pour un joueur de son rang.

À 29 ans, l’homme qui incarnait la régularité et la froideur tactique se retrouve prisonnier de ses émotions. Les blessures au dos et à l’épaule ajoutent à son calvaire. John McEnroe, jamais avare de jugements tranchants, a lancé une recommandation radicale : « Qu’il mette la raquette de côté jusqu’à la fin de l’année, qu’il soigne son corps et son esprit. C’est le seul moyen de revenir en tant que compétiteur et non en fantôme de lui-même ».
Le public new-yorkais, lui, ne retiendra pas seulement une défaite. Il gardera en mémoire l’image d’un joueur à bout, oscillant entre folie douce et désespoir, un clown tragique qui, malgré ses fractures, continue de toucher par sa sincérité. Daniil Medvedev est peut-être tombé très bas, mais dans cette chute se dessine aussi la promesse d’une renaissance, si tant est qu’il accepte de tendre la main à ceux qui veulent l’aider.
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