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Paris : après la polémique, un accord a finalement été trouvé pour sauvegarder l’appartement de Prévert menacé par le Moulin Rouge

  • Photo du rédacteur: Maxime Lemoine
    Maxime Lemoine
  • 21 déc. 2025
  • 5 min de lecture

Pendant plusieurs semaines, l’inquiétude n’a cessé de grandir autour d’un lieu discret mais chargé d’histoire, niché à l’arrière du Moulin Rouge, au cœur de la Cité Véron. Cet appartement, où Jacques Prévert a vécu plus de vingt ans, semblait menacé par un projet d’extension du célèbre cabaret parisien. Pour beaucoup, l’idée même de voir disparaître ce lieu emblématique de la création poétique française était inconcevable. Ce vendredi 19 décembre, pourtant, une issue positive a été trouvée. Après de longues négociations, un accord a finalement été conclu entre la direction du Moulin Rouge et les héritiers du poète, permettant de sauvegarder l’appartement tout en laissant au cabaret la possibilité de poursuivre son développement.


La nouvelle a été accueillie avec soulagement par les défenseurs du patrimoine culturel et par le public attaché à la mémoire de Jacques Prévert. Le sort de cet appartement, resté quasiment intact depuis le départ du poète, était devenu le symbole d’un affrontement plus large entre logique économique et préservation de l’héritage artistique. Selon les informations communiquées, cette sortie de crise est le fruit de discussions délicates, menées sous l’égide du directeur de la Drac Île-de-France, Edward de Lumley, à la demande de la ministre de la Culture, Rachida Dati. Ces échanges ont permis d’aboutir à un compromis jugé satisfaisant par l’ensemble des parties.



La famille Clérico, propriétaire du Moulin Rouge, a accepté de revoir ses plans initiaux. Dans un courrier adressé au ministère de la Culture, elle s’est dite favorable à un nouveau projet qui permettrait de préserver les appartements historiques, sans pour autant compromettre l’avenir économique du cabaret. Cette inflexion a été perçue comme un geste fort, tant la polémique avait pris de l’ampleur ces dernières semaines.



Eugénie Bachelot-Prévert, petite-fille de Jacques Prévert et héritière morale de ce lieu chargé de souvenirs, n’a pas caché son émotion à l’issue de la réunion décisive avec la direction du Moulin Rouge. "Je suis satisfaite. L’appartement sera sauvé, c’est un très grand pas", a-t-elle déclaré à l’AFP. Derrière ces mots simples transparaît un combat mené avec détermination pour préserver un espace qui, à ses yeux, ne se résume pas à quelques mètres carrés, mais incarne une part essentielle de la mémoire culturelle française.



De son côté, le Moulin Rouge a publié un communiqué affirmant qu’il avait été "décidé de co-construire ensemble une solution autour de deux projets". Une formulation qui traduit la volonté affichée d’apaisement et de dialogue après des semaines de tensions. Le cabaret a tenu à rappeler qu’il n’avait jamais été question, selon lui, de détruire les appartements, dénonçant au passage certaines "informations erronées" ayant circulé dans les médias et sur les réseaux sociaux.


La polémique avait éclaté lorsque le projet de renaissance de la scène mythique de la Mistinguett, figure emblématique des années folles, a été rendu public. Pour redonner vie à cet espace historique, le Moulin Rouge avait envisagé de ne pas renouveler les baux des appartements de Jacques Prévert et de l’écrivain Boris Vian, dont il est propriétaire depuis 2009. Ces logements, intégrés au périmètre de l’ancienne salle Mistinguett, se retrouvaient ainsi au cœur d’un vaste projet d’expansion destiné à renforcer l’attractivité du cabaret.



Cette décision avait provoqué une vague d’indignation dans les milieux culturels et bien au-delà. De nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer une atteinte au patrimoine littéraire, rappelant l’importance de Jacques Prévert dans l’histoire culturelle française. Poète, scénariste et parolier, il a marqué plusieurs générations par son écriture libre, accessible et profondément humaine. Préserver le lieu où il a vécu et travaillé pendant plus de deux décennies apparaissait, pour beaucoup, comme une évidence.



Dans son communiqué, le Moulin Rouge a précisé que "l’ensemble des parties prenantes se réunira régulièrement afin d’étudier les modalités d’intégration des héritages de Prévert et de Boris Vian au projet Mistinguett, dans le but de valoriser toute l’histoire du Moulin Rouge". Cette déclaration laisse entendre que les figures de ces deux écrivains pourraient désormais être pleinement associées à la mise en valeur du site, plutôt que perçues comme des obstacles à son évolution.



Jacques Prévert a vécu plus de vingt ans à la Cité Véron, une étroite impasse bordée de vignes, située juste derrière les ailes rouges du cabaret, sur le boulevard de Clichy. C’est dans cet appartement qu’il a écrit une partie de son œuvre, entouré d’objets du quotidien devenus aujourd’hui presque mythiques : son bureau, son vieux téléphone, sa table de salle à manger, quelques petites toiles accrochées aux murs. Il y a trouvé un refuge, un lieu propice à la création, loin de l’agitation du Paris touristique, tout en restant au cœur de la ville.


Peu avant sa mort, en 1977, Jacques Prévert s’était installé en Normandie, mais l’appartement de la Cité Véron est resté comme figé dans le temps, conservant l’empreinte de sa présence. Pour sa petite-fille, ce lieu représente bien plus qu’un simple héritage immobilier. "Toute la mémoire de mon grand-père est là", a-t-elle résumé avec émotion, exprimant son souhait de transformer l’appartement en musée afin de le rendre accessible au public.



Eugénie Bachelot-Prévert s’est également réjouie de ce qu’elle considère comme "une grande victoire collective". Elle a souligné le rôle déterminant des mobilisations citoyennes, évoquant l’impact d’une pétition, d’une lettre ouverte et l’engagement de nombreuses personnalités du monde culturel et politique, notamment de la mairie de Paris. Ces initiatives, largement relayées par les médias, ont contribué à maintenir la pression et à faire évoluer la position du Moulin Rouge. "Il faut désormais être vigilant sur l’application des engagements", a-t-elle toutefois prévenu, consciente que l’accord trouvé devra se traduire concrètement dans les faits.



L’affaire a aussi remis en lumière la question, souvent délicate, de la cohabitation entre exploitation commerciale de lieux emblématiques et préservation de la mémoire culturelle. Le Moulin Rouge, symbole du Paris festif et touristique, fait partie intégrante de l’histoire de la capitale. Mais il partage aussi cet espace avec des figures majeures de la création artistique, dont l’héritage dépasse largement les frontières françaises. Trouver un équilibre entre ces différentes dimensions est un défi constant, que cet accord tente aujourd’hui de relever.



Une réunion devrait se tenir au mois de janvier entre la direction du cabaret et les représentants des ayants droit de Boris Vian, autre figure emblématique ayant vécu dans ces lieux. Là encore, l’objectif affiché est de parvenir à une solution respectueuse de la mémoire de l’écrivain, tout en intégrant son héritage au projet global du Moulin Rouge.


Au final, cette affaire aura eu le mérite de rappeler l’attachement profond du public aux lieux de création et aux traces laissées par les artistes. L’appartement de Jacques Prévert, sauvé in extremis, devient ainsi le symbole d’une vigilance collective face aux transformations urbaines et économiques. Il incarne l’idée que le patrimoine culturel n’est pas figé, mais qu’il mérite d’être transmis, raconté et protégé, même au cœur d’un Paris en perpétuelle mutation.

 
 
 

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