"C'est un souvenir assez violent" - Gravement blessé il y a six ans sur la scène des Enfoirés, Patrick Bruel revient sur un souvenir marquant et chargé d’émotion
- Émilien Charvoz

- il y a 7 heures
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La scène de l’Accor Arena de Paris est depuis longtemps associée à des moments de partage, de générosité et de communion artistique. Chaque année, les concerts des Enfoirés y rassemblent des dizaines d’artistes venus prêter leur voix et leur notoriété au profit des Restos du cœur. Pourtant, derrière l’énergie festive et l’enthousiasme collectif, cette scène emblématique garde aussi la mémoire de quelques frayeurs, parfois même de blessures profondes. L’accident survenu à Alain Chamfort lors du concert du 19 janvier dernier a ravivé un souvenir douloureux chez Patrick Bruel, lui-même victime d’une chute spectaculaire et traumatisante sur ce même plateau, six ans plus tôt.
Du 13 au 19 janvier, la troupe des Enfoirés s’est installée à Paris pour sept concerts consécutifs, réunissant cette année pas moins de 55 artistes, dont une dizaine de nouveaux venus. Pour cette 37e édition, l’objectif était une fois encore clair : offrir un spectacle généreux, populaire et fédérateur, afin de soutenir l’action essentielle des Restos du cœur. Sur scène, les tableaux se sont succédé à un rythme soutenu, mêlant grands classiques de la chanson française et titres plus récents, dans une mise en scène ambitieuse et exigeante. Chorégraphies, changements rapides, déplacements incessants : tout est pensé pour créer un spectacle total, mais cette mécanique bien huilée comporte aussi ses risques.
Dans cette effervescence permanente, les déplacements des artistes peuvent parfois devenir imprévisibles. Le 19 janvier, lors de la représentation de l’après-midi, c’est Alain Chamfort qui en a fait l’amère expérience. Après plus de trois heures de show, le chanteur de 76 ans, entré dans la troupe l’année précédente, a chuté de la scène. Un moment de panique a immédiatement traversé les coulisses et le public, avant que l’artiste ne se relève, visiblement secoué mais conscient. Contre toute attente, il a même tenu à revenir sur scène pour le tableau suivant, refusant de céder à la peur.
En coulisses, Anne Marcassus, directrice artistique des Enfoirés, a tenu à rassurer rapidement. Elle a expliqué que le chanteur était tombé dans un trou technique de la scène, mais que son état ne suscitait pas d’inquiétude majeure. "Ça va mais on a eu très peur. Il est tombé dans le trou du tampon de la scène. Il va bien, autrement il ne serait pas remonté. On lui a même dit que s’il voulait, il pouvait rentrer chez lui, mais il a tenu à rester." Un professionnalisme salué par toute la troupe, même si l’incident restera sans doute absent du concert diffusé sur TF1 le 27 février prochain.

Cet accident a immédiatement fait écho à un autre, survenu six ans auparavant, lors des répétitions du spectacle de 2020. À l’époque, Patrick Bruel avait lui aussi chuté lourdement sur cette même scène de l’Accor Arena. Un souvenir qui ne l’a jamais vraiment quitté et qui est remonté à la surface en voyant son camarade tomber. Le chanteur s’était confié à ce sujet il y a quelques années, décrivant une scène marquante, presque irréelle. "Cette chute était dingue, nous étions tous en répétition sur scène et il n’y avait pas de ligne de protection, ni de marquage au sol. Je suis tombé de 1,60 m de haut sur le dos."
Les conséquences auraient pu être dramatiques. Patrick Bruel n’a jamais caché à quel point il avait frôlé le pire ce jour-là. "Si mon genou n’avait pas cogné une paroi qui cachait les structures métalliques, est-ce que je serais en train de vous parler aujourd’hui ? Je ne sais pas." Une phrase lourde de sens, qui rappelle la violence de l’impact et la fragilité de ces instants où tout peut basculer. Malgré la douleur et le choc, l’artiste avait choisi de continuer, fidèle à son engagement auprès des Enfoirés.
Présent dans la troupe depuis 1993, Patrick Bruel n’a jamais manqué une édition. Cette fidélité presque sacrée l’avait poussé, après sa chute, à se lancer un défi personnel. "J’avais à cœur de rester sur scène, mon genou me le permettait. Je n’ai jamais raté une édition, mais surtout je n’ai jamais raté un concert, donc je me faisais un challenge de faire ces concerts malgré la chute." Une détermination qui force le respect, mais qui n’efface en rien le caractère traumatisant de l’accident.
Interrogé à nouveau lors de cette édition 2026, notamment par les journalistes présents dont ceux de Télé-Loisirs, Patrick Bruel est revenu avec émotion sur cet épisode de sa vie. "C’est vrai que c’est un souvenir assez violent. Ça avait été une chute très très lourde qui aurait pu extrêmement mal se terminer." Des mots simples, sans exagération, mais chargés d’une gravité qui rappelle combien la scène peut être un lieu aussi dangereux qu’exaltant.
Avec le recul, le chanteur reconnaît avoir eu beaucoup de chance. "J’ai eu beaucoup de chance, mais c’est traumatisant." Cette expérience a profondément modifié son regard sur la sécurité et l’organisation des spectacles. Dès son arrivée à l’Accor Arena cette année, il n’a pas pu s’empêcher de vérifier certains détails techniques. Il raconte s’être approché des installations, alertant sur certains points. "Quand je suis arrivé le premier jour, je suis allé vérifier tous les trucs. Je disais : ‘Attention, là il faudrait peut-être en mettre un deuxième’." Une vigilance accrue, née de l’expérience, et d’un souvenir qui reste encore très présent.

Après la chute d’Alain Chamfort, Patrick Bruel est allé le voir presque immédiatement. Entre artistes, la solidarité est instinctive. Il a même tenté de dédramatiser la situation avec une pointe d’humour, lui lançant : "Bienvenue au club." Une manière de rassurer, de partager une expérience commune, tout en soulignant que, cette fois-ci, tout semblait aller bien. "C’est un petit événement, je ne sais pas ce qu’il s’est passé mais ça va. Je suis allé le voir tout de suite." Des mots apaisants, prononcés par quelqu’un qui sait à quel point ces chutes peuvent marquer durablement.
Ces incidents rappellent que derrière la magie du spectacle, il existe une réalité physique exigeante, parfois dangereuse. Les Enfoirés, malgré leur atmosphère chaleureuse et leur vocation solidaire, n’échappent pas à ces risques inhérents aux grandes productions scéniques. Pourtant, ni Patrick Bruel ni Alain Chamfort ne remettent en question leur engagement. Tous deux incarnent cette idée que la musique, le partage et la solidarité valent parfois de dépasser la peur.
Pour Patrick Bruel, cette scène de l’Accor Arena restera à jamais associée à un mélange de fierté, de générosité et de frayeur. Six ans après sa chute, le souvenir est toujours là, intact, presque brut. Mais il s’accompagne aussi d’une immense reconnaissance d’être encore debout, encore présent, encore capable de chanter pour une cause qui lui tient tant à cœur. À travers son témoignage, il rappelle que chaque concert est un cadeau fragile, et que derrière chaque applaudissement se cache parfois une histoire silencieuse, faite de courage et de résilience.

















































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