Florent Pagny explique pourquoi il ne va plus à la rencontre de ses fans après ses concerts
- Auriane Laurent

- il y a 10 heures
- 5 min de lecture
Mercredi soir, Florent Pagny a officiellement lancé l’une des tournées les plus attendues de l’année. Baptisée "Tournée des 65 ans", cette série de concerts marque un retour fort, symbolique et très scruté pour l’artiste, après une période de silence imposée par la maladie. Dès les premières notes, le public de l’Arena d’Aix-en-Provence, composé de 4.800 spectateurs, a compris qu’il n’assistait pas à un simple concert, mais à un moment de partage chargé de sens, d’émotion et de reconnaissance mutuelle.
Durant 1h45, Florent Pagny a prouvé qu’il était bel et bien de retour. La voix est là, la présence aussi, et surtout cette capacité intacte à créer un lien presque intime avec son public. Fidèle à lui-même, l’artiste n’a pas manqué d’humour pour ouvrir la soirée. "J’aurais pu arriver du plafond en volant mais j’ai plus l’âge. J’aurais pu arriver sur un tapis volant mais c’est une usine à gaz. J’ai préféré une entrée qui me rassemble et nous rassemble parmi vous", a-t-il lancé avec un sourire, avant de fendre la foule sur les premières notes de "Ma liberté de penser". Une entrée simple, humaine, presque symbolique, à l’image de ce qu’il voulait offrir ce soir-là.
Cette tournée anniversaire n’est pas seulement une célébration de ses 65 ans, mais aussi celle d’une carrière longue de près de quatre décennies. Florent Pagny le rappelle lui-même avec émotion : "Ça fait quand même 37 ans qu’on se connaît". Une phrase qui résonne comme un constat, mais aussi comme un remerciement adressé à ce public fidèle qui l’a accompagné à travers les succès, les remises en question, les silences et les renaissances.
Sur scène, le chanteur retrace son parcours en alternant grands classiques et nouveautés. Fait rare pour un artiste de cette envergure, il interprète l’intégralité des dix titres de son dernier album "Grandeur nature", un disque accueilli avec ferveur par le public et déjà écoulé à plus de 117.000 exemplaires. Pour Florent Pagny, il ne s’agit pas seulement de chanter ce que l’on attend de lui, mais aussi de transmettre de nouveaux messages, de continuer à raconter, à dire, à partager. "Vous aurez évidemment les chansons que vous attendez, mais j’ai aussi envie de chanter des nouveaux messages, quatre chansons du nouvel album", confie-t-il avec sincérité.

Tout au long de la soirée, ses prises de parole sont empreintes de gratitude. Il remercie ceux qui ont patienté, ceux qui ont compris, ceux qui sont restés présents malgré l’annulation forcée de la tournée des 60 ans, interrompue à cause de son combat contre le cancer. Sans jamais s’appesantir, Florent Pagny évoque cette période avec pudeur, préférant se concentrer sur l’instant présent, sur la joie de retrouver la scène et sur la force que lui apporte l’amour du public.
L’émotion est également très présente lorsqu’il parle de sa femme, Azucena, à qui il rend un hommage discret mais profond. Plusieurs chansons lui sont dédiées, comme "Et un jour une femme", "L’amour est toujours devant nous" ou encore "Compter les bisons", un titre plus méconnu mais particulièrement cher à l’artiste, puisqu’il s’agit, selon ses propres mots, de la chanson "préférée" de sa compagne. Ces moments suspendus donnent au concert une dimension presque familiale, loin des artifices, proche de l’essentiel.
Après 22 chansons, Florent Pagny quitte la scène comme il y est entré : en traversant la foule. Cette fois, c’est sur "Savoir aimer" qu’il s’avance, au plus près de son public, dans un dernier échange de regards et d’émotions. Mais avant de disparaître, l’artiste tient à faire une mise au point importante. Une demande simple, formulée avec franchise et une pointe d’autodérision : "J’ai un mot du docteur, il ne faut pas que j’attrape tout et n’importe quoi. N’importe quoi, c’est déjà fait".
Derrière la plaisanterie, le message est clair. Florent Pagny demande à ses fans de ne pas l’attendre après le concert. "Pour éviter d’avoir tout, je préfère que vous ne m’attendiez pas après le show. Je vais disparaître comme je suis apparu", explique-t-il calmement. Une consigne inhabituelle pour un artiste aussi proche de son public, mais qui trouve son origine dans une réalité bien concrète : la préservation de sa santé.
Cette décision n’a rien d’un rejet ou d’un désintérêt pour ses fans. Au contraire, elle s’inscrit dans une démarche de responsabilité, autant envers lui-même qu’envers ceux qui le suivent. Après une maladie lourde, chaque précaution compte. Les bains de foule prolongés, les heures passées à signer des autographes à la sortie des salles, les contacts répétés peuvent représenter un risque inutile. Florent Pagny le sait, et il préfère poser des limites claires, sans détour, mais avec respect.
Son public, admiratif et bienveillant, a d’ailleurs suivi cette consigne à la lettre. Aucun attroupement, aucune attente prolongée. Un respect silencieux, presque émouvant, qui témoigne du lien particulier entre l’artiste et ceux qui le soutiennent depuis tant d’années. Ce soir-là, l’amour ne s’est pas mesuré en photos ou en poignées de main, mais en compréhension et en retenue.
Cette question de la frontière entre vie publique et vie privée n’est pas nouvelle. Ces dernières semaines, Marine, révélée par la "Star Academy", évoquait déjà le sujet en parlant des fans qui attendent parfois des heures après les concerts. "Je vois des gens qui attendent jusqu’à minuit, une heure du matin… avec des enfants. Je veux leur dire que ça ne sert à rien, pour moi, c’est fini, je ne ressors pas. Il faut le comprendre… J’ai juste envie d’aller me coucher. Il y a des moments pour ça et des moments qui sont privés", expliquait-elle avec franchise.

Ces prises de parole résonnent dans un contexte où la proximité entre artistes et public est souvent attendue, parfois exigée. Mais elles rappellent aussi que derrière la scène, les projecteurs et les applaudissements, il y a des êtres humains, avec des besoins, des limites et une fatigue bien réelle. Florent Pagny, par son geste et ses mots, ouvre une réflexion plus large sur la manière dont l’amour du public peut s’exprimer autrement, sans forcément passer par une présence physique à la sortie des concerts.
La "Tournée des 65 ans" s’annonce comme un succès majeur, avec 68 dates programmées jusqu’à l’été, dont une résidence exceptionnelle de 20 concerts à l’Olympia. Des centaines de milliers de spectateurs sont attendus à travers la France. Mais au-delà des chiffres, cette tournée semble avant tout être celle de l’équilibre retrouvé, d’un artiste qui avance avec lucidité, entouré, soutenu, et plus que jamais conscient de l’essentiel.
Florent Pagny ne fuit pas ses fans. Il leur fait confiance. Il leur demande simplement de l’aimer autrement, avec patience et bienveillance. Et peut-être est-ce là, finalement, l’une des plus belles preuves de respect qu’un artiste puisse offrir à son public.

















































Commentaires