Florent Pagny lucide sur sa santé, toujours fragilisée par son cancer "Ça n'a pas marché..."
- Auriane Laurent

- il y a 4 heures
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Le 28 janvier dernier, à Aix-en-Provence, Florent Pagny est remonté sur scène pour lancer une nouvelle tournée à travers la France. Intitulée avec sobriété et symbole "Le Retour", cette série de concerts marque bien plus qu’un simple rendez-vous musical : elle incarne un défi personnel, une renaissance artistique et une déclaration d’amour à un public qui ne l’a jamais quitté. À 64 ans, l’interprète de "Savoir aimer" poursuit son chemin avec une détermination intacte, malgré une santé toujours fragilisée par un cancer du poumon diagnostiqué il y a plusieurs années.
Lorsque la maladie a été découverte, Florent Pagny avait dû annuler sa tournée anniversaire des 60 ans pour se consacrer pleinement aux traitements. Ce choix, douloureux mais nécessaire, avait marqué un tournant dans sa carrière. L’artiste, habitué aux grandes scènes et aux tournées marathon, s’était retrouvé confronté à une épreuve intime, loin des projecteurs. Depuis, son combat s’est déroulé sous le regard attentif du public, témoin de ses périodes de rémission comme de ses rechutes.
Son retour sur scène, au son de "Ma liberté de penser", a donc revêtu une dimension particulière. Dès les premières notes, l’émotion était palpable dans la salle. Florent Pagny, fidèle à lui-même, a su mêler humour et sincérité pour renouer le lien avec ceux qui l’attendaient. "Vous avez vu, j’ai commencé par ma chanson la plus fédératrice. Cela fait quelques années que l’on se retrouve et je voulais d’abord vous remercier. J’aurais pu arriver du plafond en volant mais j’ai plus l’âge ! (...) J’ai préféré une entrée qui me ressemble et nous rassemble parmi vous", a-t-il lancé avec ce sourire qui lui est propre.
Ce clin d’œil léger n’efface pas la réalité plus grave qui accompagne aujourd’hui chacune de ses apparitions. Car derrière l’énergie affichée sur scène, le chanteur reste lucide sur son état de santé. Engagé dans une tournée qui le mènera jusqu’à l’été prochain dans les plus grands Zénith et Arenas de France, avec en point d’orgue une résidence de vingt dates à l’Olympia, Florent Pagny doit composer avec une maladie imprévisible.

Dans les colonnes de Gala, il confie sans détour : "Je suis toujours dépendant de cette bêtise-là ! Cette maladie peut réapparaître à tout moment et ce n’est jamais terminé." Ces mots traduisent une conscience aiguë de la fragilité de sa situation. Le cancer du poumon dont il souffre a déjà connu des phases de rémission, suivies de rechutes. Rien n’est définitivement acquis. Chaque examen médical devient un rendez-vous chargé d’attente.
L’artiste a également révélé avoir fait le choix d’interrompre certains traitements. "L’immunothérapie n’a pas marché mais ça ne me fait pas plus peur que ça", explique-t-il avec une sérénité désarmante. Cette décision, mûrement réfléchie avec son équipe médicale, ne signifie pas un abandon du suivi. Tous les trois mois, Florent Pagny passe des examens afin de surveiller l’évolution de la maladie. Cette régularité témoigne de sa vigilance et de son engagement à rester acteur de son parcours de soins.
Malgré cette incertitude, il a choisi de ne pas renoncer à la scène. Pour lui, chanter reste une nécessité, presque une respiration. Le contact avec le public, les lumières, la musique, constituent une force qui l’aide à avancer. Cependant, ce retour s’accompagne de précautions strictes. Sa santé fragile l’oblige à limiter les risques.
Dès la première date de la tournée, il a tenu à prévenir ses admirateurs : "J’ai un mot du docteur, il ne faut pas que j’attrape tout et n’importe quoi. N’importe quoi, c’est déjà fait. Je vais éviter d’avoir tout ! Il ne faut pas m’attendre après le show. Je vais disparaître comme je suis apparu." Cette déclaration, teintée d’humour, cache une réalité très concrète. Les rencontres après les concerts, si chères aux artistes et aux fans, sont désormais proscrites pour éviter toute infection susceptible d’affaiblir davantage son organisme.
Loin d’être une marque de distance, cette décision relève d’une prudence nécessaire. Son système immunitaire, fragilisé par la maladie et les traitements antérieurs, exige une vigilance constante. Le moindre virus pourrait avoir des conséquences importantes. Ainsi, Florent Pagny privilégie la scène comme unique lieu de partage, protégeant le reste de son temps pour préserver ses forces.
Son emploi du temps a également été aménagé pour limiter la fatigue. Plutôt que d’enchaîner les villes à un rythme effréné, il reste désormais quatre ou cinq jours dans une même localité afin d’éviter les déplacements incessants. Cette organisation plus douce permet de réduire le stress et l’épuisement liés à la route. Un proche confie d’ailleurs qu’il fait preuve d’une grande rigueur au quotidien : "Il fait hyper attention." Sport adapté, alimentation surveillée, rythme de vie mesuré… chaque détail compte.
Ce souci d’équilibre reflète une maturité nouvelle. Florent Pagny n’est plus seulement l’artiste flamboyant que l’on a connu dans les années 1990 et 2000. Il est aussi un homme confronté à sa propre vulnérabilité, obligé de repenser ses priorités. Pourtant, cette fragilité apparente semble renforcer sa détermination. Sur scène, il donne l’impression de puiser dans une énergie intérieure profonde, comme si chaque concert était une célébration du présent.
Les paroles de certaines de ses chansons prennent aujourd’hui une résonance particulière. "Ma liberté de penser", "Savoir aimer", ou encore d’autres titres de son répertoire semblent dialoguer avec son parcours actuel. Il a d’ailleurs adapté certains textes à la lumière de son vécu récent, comme pour inscrire la maladie dans une histoire plus large, celle d’un homme qui continue de choisir la liberté et la lumière.
Son public, fidèle depuis des décennies, répond présent. Chaque date affiche un engouement remarquable. Les applaudissements, les regards émus, les silences attentifs témoignent d’un attachement sincère. Ce lien, construit au fil des années, dépasse la simple admiration artistique. Il s’agit d’une relation presque familiale, où l’on suit les joies comme les épreuves.
Florent Pagny, de son côté, ne se pose pas en héros. Il parle de sa maladie avec une franchise désarmante, sans dramatisation excessive mais sans minimisation non plus. "Ça n’a pas marché", dit-il à propos de l’immunothérapie, avec une simplicité qui force le respect. Cette lucidité n’est pas synonyme de résignation. Elle traduit au contraire une volonté de regarder la réalité en face, sans se laisser envahir par la peur.

Le chanteur sait que l’avenir demeure incertain. Pourtant, il choisit d’avancer, concert après concert, ville après ville. Chaque représentation devient une victoire silencieuse, un pas de plus sur un chemin semé d’imprévus. Sa tournée "Le Retour" ne porte pas seulement bien son nom sur le plan artistique. Elle symbolise aussi un retour à l’essentiel : la musique, le partage, la présence.
À 64 ans, Florent Pagny continue de se tenir debout, porté par sa voix et par l’amour du public. Sa santé reste fragile, les contrôles médicaux rythment son calendrier, mais son engagement demeure intact. Entre prudence et passion, il trace une voie singulière, faite de lucidité et d’espoir.
Plus qu’un simple chapitre de carrière, cette période représente un témoignage de courage discret. Sans grands discours, sans mise en scène dramatique, Florent Pagny rappelle que la force peut coexister avec la vulnérabilité. Et que parfois, le plus grand acte de liberté consiste simplement à continuer.

















































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