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"J'étais viré de partout" : Nagui revient sur la période difficile où il a été évincé des grandes chaînes, son spectaculaire retour

  • Photo du rédacteur: Maxime Lemoine
    Maxime Lemoine
  • il y a 7 heures
  • 5 min de lecture

Il est aujourd’hui l’un des visages les plus familiers et les plus appréciés du paysage audiovisuel français. Animateur incontournable de France 2, producteur à succès, voix fidèle de France Inter, Nagui incarne une forme de stabilité et de longévité rare dans le milieu de la télévision. Pourtant, derrière cette réussite installée se cache une période beaucoup plus sombre, que l’animateur a acceptée de revisiter avec sincérité au micro de "La bande originale" sur France Inter, ce lundi 16 février.


Ce jour-là, aux côtés de Leïla Kaddour, Nagui recevait les acteurs Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard, venus promouvoir le film "Le rêve américain". Le long-métrage raconte l’histoire vraie de Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana, deux Français devenus agents de stars de la NBA, une trajectoire inspirante faite d’audace et de résilience. En évoquant cette success story, l’animateur a naturellement orienté la conversation vers la question de l’échec. Existe-t-il, dans un parcours, un moment de chute qui finit par devenir un tremplin ? Une épreuve qui, avec le recul, se révèle fondatrice ?



Avant même de laisser ses invités répondre, Nagui a choisi de se livrer lui-même. Avec une franchise désarmante, il est revenu sur une période de sa vie professionnelle qui, il y a une vingtaine d’années, a failli tout emporter sur son passage.



"En 2004-2005, j’étais au fond du trou. Viré de la Deux, viré de TF1, viré de Canal, viré de partout", a-t-il raconté, sans détour. Derrière cette formule choc, il y a la réalité brutale d’un homme qui, après avoir connu la lumière, s’est retrouvé soudainement mis à l’écart des grandes chaînes. Celui qui avait incarné des émissions populaires et marqué les esprits avec son style singulier se voyait progressivement fermé toutes les portes.



À cette époque, le départ de Canal+ et la fin de son aventure dans "Nulle part ailleurs" ont laissé une trace durable. "J’avais fait Nulle part ailleurs et en sortant de Canal, il y avait ce côté où tu es cramé parce que tu as fait Canal, tu as arrêté Nulle part ailleurs et ils t’ont viré, donc on ne veut pas de toi, que ce soit la Une, la Deux ou les autres", a-t-il confié. Dans un univers où l’image et la réputation jouent un rôle central, cette mise à l’écart a créé un effet domino. Les chaînes hésitaient, doutaient, préféraient se tourner vers d’autres profils.



Ce passage à vide n’a pas été qu’une simple traversée de quelques mois. Il a duré près de quatre ans. Quatre années pendant lesquelles l’animateur a dû affronter l’incertitude, le doute et une forme de solitude professionnelle. Plus encore, sa société de production s’est retrouvée fragilisée. "J’étais en train de faire des réunions avec mon comptable pour déposer le bilan de ma société. Il y a des gars qui viennent, qui commencent à éplucher tous les comptes. Cessation de paiements et ainsi de suite…", a-t-il détaillé.


Ces réunions, souvent synonymes de décisions lourdes et irréversibles, ont marqué un moment charnière. Déposer le bilan, pour un entrepreneur, ce n’est pas seulement une formalité administrative. C’est reconnaître que le modèle ne tient plus, que les projets ne suffisent pas à équilibrer les comptes, que l’avenir immédiat est menacé. Pour Nagui, qui avait fondé sa société avec ambition et passion, la perspective était douloureuse.



À cette période, il aurait pu faire un choix différent. Il aurait pu bénéficier des allocations chômage, comme le permettait sa situation. Mais l’animateur a refusé. "J’aurais pu, j’y avais le droit, mais je ne voulais pas. Par amour-propre, je ne voulais pas aller à Pôle emploi", a-t-il expliqué. Ce refus n’était pas une remise en question du système, mais une décision personnelle, presque intime. Une question de fierté, de dignité, de rapport à lui-même.


Derrière ces mots, on devine un homme blessé mais déterminé. Refuser le chômage, c’était aussi s’obliger à continuer à chercher, à imaginer, à créer. À ne pas se laisser glisser dans une forme de résignation. Pourtant, rien ne garantissait que les efforts seraient récompensés.


Ce qui frappe dans son récit, c’est la lucidité avec laquelle il analyse cette période. Il ne cherche ni à minimiser la difficulté ni à dramatiser à l’excès. Il parle d’un moment où tout semblait s’effondrer, mais aussi d’un apprentissage. Être écarté des grandes chaînes, perdre en visibilité, voir son entreprise vaciller : autant d’épreuves qui ont profondément marqué son parcours.


Et puis, presque contre toute attente, la situation a basculé. "Je me bats pour avoir les formats et démarrer. C’est un truc de dingue, c’est vraiment la même année", a-t-il raconté en évoquant la naissance de deux émissions devenues cultes : "Tout le monde veut prendre sa place" et "N’oubliez pas les paroles". La première, lancée en 2006, a rencontré un succès immédiat et durable. Nagui l’a présentée pendant quinze ans, jusqu’en 2021, installant le jeu dans le quotidien de millions de téléspectateurs. La seconde, toujours à l’antenne sur France 2, est devenue l’un des piliers de la chaîne.


Ce retournement spectaculaire illustre à quel point une carrière peut être faite de cycles. Quelques mois plus tôt, il envisageait de déposer le bilan. Et soudain, il se battait pour lancer de nouveaux formats, convaincre, produire, animer. Le contraste est saisissant.


Avec le recul, cette traversée du désert apparaît comme un moment fondateur. Elle a sans doute renforcé sa détermination, affiné son regard sur le métier et consolidé son rôle de producteur. Lorsque l’on a frôlé la chute, on ne regarde plus le succès de la même manière. On en mesure la fragilité. On en apprécie la valeur.


Aujourd’hui, Nagui incarne une forme de résilience dans le paysage audiovisuel. Son témoignage, loin de l’image lisse que l’on pourrait associer à une carrière réussie, rappelle que même les figures les plus installées ont connu le doute et la remise en question. Le succès de "N’oubliez pas les paroles" et l’empreinte laissée par "Tout le monde veut prendre sa place" ne sont pas seulement le fruit d’un talent ou d’une intuition. Ils sont aussi le résultat d’une persévérance silencieuse, forgée dans l’adversité.


En partageant cette période difficile sur France Inter, Nagui ne cherchait pas à susciter la compassion. Il répondait à une question sur l’échec, dans le cadre d’une discussion autour d’un film qui célèbre la réussite après les obstacles. Mais son récit a résonné bien au-delà de l’anecdote. Il rappelle qu’une carrière n’est jamais une ligne droite, que les portes qui se ferment peuvent, parfois, préparer celles qui s’ouvriront plus tard.



"Viré de partout" : la formule est forte, presque brutale. Elle résume un moment où tout semblait compromis. Et pourtant, c’est précisément après cette période que sont nés les projets les plus durables de sa carrière. Comme si le vide avait laissé place à une créativité nouvelle, à une énergie différente.


Dans un milieu où la notoriété peut être éphémère et les retournements rapides, le parcours de Nagui illustre la nécessité de croire encore en ses idées lorsque plus personne ne semble y croire. De continuer à proposer, à inventer, à défendre des formats, même lorsque le contexte paraît défavorable.


À l’écoute de ses confidences, on comprend que cette période difficile ne l’a pas seulement éprouvé. Elle l’a transformé. Elle lui a appris la patience, l’humilité et, peut-être, une certaine distance face aux aléas du métier. Aujourd’hui encore, derrière le sourire et l’aisance de l’animateur, se cache le souvenir de ces années où tout pouvait s’arrêter. Et c’est sans doute ce qui rend son témoignage si fort : la preuve qu’un échec, aussi brutal soit-il, ne définit pas une carrière. Il peut en devenir le point de bascule.


 
 
 
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