"Je n’ai pas envie qu’on me voie diminué" : les confidences émues de Serge Lama sur son choix d’arrêter la scène
- Pierre Howard

- il y a 3 heures
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Il y a des décisions qui se prennent dans le silence, loin des projecteurs, et qui pourtant résonnent longtemps dans le cœur du public. Celle de Serge Lama appartient à cette catégorie. Trois ans après avoir fait ses adieux à la scène, l’immense chanteur français est revenu avec une sincérité désarmante sur les raisons qui l’ont conduit à mettre un terme à sa carrière de concertiste. À 83 ans, l’artiste assume pleinement ce choix, mûri dans la douleur mais porté par une forme de lucidité apaisée.
Ce jeudi 12 février 2026, invité sur RTL, Serge Lama a accepté de se confier à nouveau sur sa santé et sur cette page qu’il a tournée. La veille, le 11 février, il célébrait ses 83 ans, entouré de ses proches, alors même qu’un film documentaire retraçant son parcours, "Serge Lama, le film", sortait en salles le jour de son anniversaire. Une coïncidence symbolique pour celui dont la vie artistique a toujours été intimement liée à son histoire personnelle.
Il y a trois ans, le chanteur annonçait qu’il ne remonterait plus sur scène. Une décision difficile pour celui qui a consacré sa vie à la chanson, à la rencontre avec le public, à l’émotion partagée dans les salles de concert. Mais derrière cette annonce, il y avait une réalité physique devenue impossible à ignorer.
En décembre dernier, dans les colonnes du Parisien, il confiait sans détour : "Mon corps est cassé de partout, je ne peux plus rester debout." Une phrase qui résume à elle seule la fatigue accumulée au fil des décennies, les douleurs persistantes, les limites que le temps impose même aux plus grands. Quelques jours plus tard, sur RTL, il précisait encore : "Je vais bien mais je vais mal ! Je vais mal dans le sens où je ne peux pas aller chanter vu que je ne peux pas rester debout trop longtemps parce que j'ai trop mal."

Ce 12 février, il a poursuivi cette mise au point avec une transparence touchante. "Je vais très bien. Le reste, ça va. C'est mes jambes qui sont un problème, ma jambe gauche", a-t-il expliqué. Dans sa voix, aucune plainte excessive, mais une acceptation presque philosophique de la situation. Il ne dramatise pas, il constate. Ce sont ses jambes qui le trahissent, qui l’empêchent de tenir debout face à son public comme il l’a toujours fait.
Car pour Serge Lama, chanter assis ne serait pas une option. Pas par orgueil, mais par fidélité à l’image qu’il souhaite laisser. "J'ai vu tellement de gens qui se sont arrêtés trop tard. Alors je ne veux pas commettre cette erreur. Je n'ai pas envie qu'on me voit dans des conditions... Je n'ai pas envie de chanter assis." Ces mots traduisent une volonté profonde de préserver sa dignité artistique. Il ne veut pas que le souvenir de ses concerts soit associé à la souffrance visible ou à une posture contrainte.
Son rapport au corps est intimement lié à un drame fondateur. À seulement 22 ans, en 1965, sa vie bascule lors d’un terrible accident de voiture. Sa fiancée, Liliane Benelli, y perd la vie. Lui survit, mais au prix de lourdes blessures. Il passera près d’un an hospitalisé et subira une dizaine d’opérations chirurgicales. Cet événement tragique marquera à jamais son existence, tant sur le plan personnel que physique.
Les séquelles de cet accident l’accompagnent encore aujourd’hui. Les douleurs qui l’empêchent de rester debout longtemps trouvent leur origine dans ce drame lointain mais jamais effacé. "Ma vie est bâtie sur un drame", a-t-il lancé au micro de RTL, comme un constat simple, presque nu. Cette phrase résume la manière dont il a transformé la douleur en matière artistique, en chansons bouleversantes, en textes habités.
Tout au long de sa carrière, Serge Lama a su puiser dans ses blessures pour toucher le public. Ses chansons, souvent traversées par la solitude, l’amour, la mélancolie, portent la trace de cette fragilité assumée. Et si la scène lui manque sans doute, il semble aujourd’hui en paix avec sa décision.
Arrêter au bon moment, c’est aussi un acte d’amour envers son public. Refuser de donner une image diminuée, préserver la force du souvenir, choisir la justesse plutôt que l’acharnement. Dans un milieu où certains s’accrochent coûte que coûte, son choix apparaît comme un geste de lucidité et de respect.
Pour autant, Serge Lama n’a pas renoncé à créer. Loin de la scène, il continue d’écrire chaque jour. "J'écris tous les jours. Sur des thèmes qui sont les miens, sur fond de solitude. C'est ma base profonde, sur fond de joie parfois, puis des chansons d'amour. Alors là, des chansons d'amour, tout le temps." L’écriture demeure son refuge, son souffle, sa manière de rester vivant artistiquement.
La solitude, thème récurrent dans son œuvre, reste une source d’inspiration. Mais à cette profondeur mélancolique s’ajoute désormais une lumière particulière : celle de l’amour. Depuis plusieurs années, Serge Lama partage sa vie avec Luana, de 35 ans sa cadette. Une relation qu’il évoque avec tendresse et simplicité. Récemment, il confiait lui écrire un poème chaque soir. Un rituel intime, presque sacré, qui se conclut toujours par les mots : "Je t'aime, ma blême."
Cette déclaration répétée chaque nuit dit beaucoup de l’homme derrière l’artiste. Derrière la voix puissante, les textes marquants, il y a un homme sensible, attaché aux gestes simples, à la fidélité des sentiments. L’amour, après le drame, après les épreuves, demeure une force structurante.
Aujourd’hui, Serge Lama regarde son parcours avec recul. Il n’éprouve ni amertume ni regret. La scène a été son royaume pendant des décennies. Elle lui a offert des triomphes, des rencontres inoubliables, une place singulière dans le paysage de la chanson française. Mais il sait que chaque histoire a son rythme, que chaque carrière a son point final.
Son biopic documentaire, sorti le jour de son anniversaire, vient sceller symboliquement cette trajectoire. Il permet au public de revisiter les moments clés de sa vie, d’entendre à nouveau sa voix, de mesurer l’ampleur de son héritage. Ce film n’est pas un adieu définitif, mais un hommage à une existence consacrée à l’art.

À travers ses confidences, Serge Lama rappelle que la grandeur ne réside pas seulement dans les succès accumulés, mais aussi dans la capacité à s’arrêter au bon moment. Choisir de quitter la scène avant que le corps n’impose une image douloureuse, c’est préserver la mémoire collective d’un artiste debout, puissant, habité.
Il ne chantera plus sur scène, mais ses mots continuent de vibrer. Ses chansons restent, traversent les générations, accompagnent les joies et les peines. Et chaque soir, dans le silence d’une page blanche, il poursuit ce dialogue intime avec lui-même et avec celle qu’il aime.
Serge Lama a quitté la scène, mais il n’a pas quitté la lumière. Il l’a simplement déplacée, de la salle de concert à l’espace plus discret de l’écriture. Et dans cette décision assumée, il y a une forme de noblesse rare, celle d’un artiste qui préfère le souvenir intact à la présence affaiblie.

















































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