"Un des trucs qui m’a fait le plus mal dans cette vie" : Victor se livre sans filtre sur la blessure intime qui l’a profondément marqué avant la Star Academy
- Pierre Howard

- il y a 19 heures
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Révélé au grand public lors du lancement de la nouvelle saison de la Star Academy le 18 octobre dernier sur TF1, Victor a rapidement touché les téléspectateurs par sa sensibilité et son authenticité. Aux côtés de seize autres élèves, il a intégré le château de Dammarie-les-Lys pour plusieurs mois d’apprentissage intensif, rythmés par les évaluations, les primes et les émotions fortes. Demi-finaliste de l’édition 2025, il s’est incliné face à Ambre après un parcours salué pour sa sincérité et sa progression constante. Mais derrière l’artiste en devenir, il y a un jeune homme traversé par des questionnements profonds, qu’il a accepté de partager dans un entretien intime accordé au média NEON le vendredi 13 février 2026.
Avant de fouler la scène du prime et de se produire devant des millions de téléspectateurs, Victor menait une vie bien différente. Il travaillait comme vendeur dans une boulangerie. Une expérience professionnelle qui, loin d’être anodine, a joué un rôle important dans son cheminement personnel. "Mon patron était incroyable. C'était une personnalité queer. Il essayait de ramener un peu des événements queer dans sa boulangerie", raconte-t-il avec un sourire perceptible dans les mots. Dans cet environnement singulier, il a trouvé une forme de liberté et d’acceptation.
Ce contraste entre l’identité affirmée de son patron et le profil de ses collègues l’a marqué. "Ce qui était drôle, c'est que mes collègues, c'était vraiment des mecs hétéros. Ce sont devenus des amis." Cette cohabitation naturelle, sans jugement, a contribué à apaiser certaines blessures. "Cette expérience a guéri plein de trucs", confie-t-il. Pourtant, malgré cette stabilité apparente, une envie persistante l’habitait. "C'est vrai que j'avais la dalle. Je voulais faire de la musique et j'essayais de faire ça à côté. Je chantais dans la rue juste en face." L’image est forte : entre deux fournées de pain, il poursuivait son rêve, guitare ou micro à la main, face aux passants.
Son entrée à la Star Academy a marqué un tournant. Du jour au lendemain, il s’est retrouvé sous les projecteurs, confronté à l’exposition médiatique et au regard du public. Après son élimination en demi-finale, il confiait à Télé-Loisirs : "Je me sens bien, je suis heureux. Juste un petit peu perdu parce que je dois reprendre mes marques. J'ai très peu dormi, j'ai beaucoup scrollé sur les réseaux sociaux et je vois beaucoup d'amour. Mon petit cœur se porte bien !" Derrière cette spontanéité, on devinait déjà une grande sensibilité.

Mais dans l’entretien accordé à NEON, Victor est allé plus loin. Il a abordé un sujet intime, douloureux, qui l’accompagne depuis l’adolescence. Avec une franchise rare, il a mis des mots sur une frustration profonde liée à son identité et à son rapport à l’amour. "J'aurais aimé parfois être regardé comme un homme hétéro regarde une femme et c'est ça qui est très frustrant parce que tu ne peux pas vraiment l'obtenir ou ça ne sera jamais la même chose." Cette phrase, simple en apparence, révèle un manque difficile à combler : celui de se sentir désiré d’une certaine manière, dans une configuration sociale majoritaire.
Il poursuit : "C'est source de beaucoup de souffrances... Je sais que c'est un des trucs qui m'a fait le plus mal dans cette vie jusqu'à maintenant." Ces mots témoignent d’une blessure ancienne, ancrée dans les années collège et lycée. "Je ne sais pas pourquoi, mais je pense que c'est un sentiment qu'on peut tous partager en tant que gay, surtout au lycée/collège parce qu'on est spectateur un peu des histoires d'amour hétéros autour de nous et souvent, c'est très difficile d'en vivre une en tant que gay. Perso, je ne l'ai pas vécu (...) C'est triste en vrai."
À travers ce témoignage, Victor met en lumière une réalité souvent silencieuse : celle d’un adolescent qui observe les premiers émois amoureux autour de lui sans toujours pouvoir s’y reconnaître. Être témoin des romances hétérosexuelles, sans pouvoir pleinement s’identifier ou expérimenter les mêmes codes, peut engendrer un sentiment d’exclusion subtil mais profond. Il ne s’agit pas seulement d’amour, mais de représentation, de validation et de reconnaissance.
Avant même d’intégrer la Star Academy, ces questionnements l’ont conduit à s’interroger sur son identité de manière plus large. Il confie avoir envisagé, à un moment, la possibilité d’entamer une transition. "Il y a eu une histoire avec quelqu'un en particulier et c'est cette envie d'être regardé comme une femme, enfin comme un homme hétéro regarde une femme..." explique-t-il. Derrière cette phrase, il y a le désir d’être perçu d’une manière spécifique, d’accéder à une forme de regard qui semble inaccessible.
Il conclut avec lucidité : "C'est un questionnement qui va me suivre toute ma vie." Cette acceptation, loin d’être résignée, apparaît comme un pas vers une meilleure compréhension de soi. Victor ne cherche pas à donner des réponses définitives, mais à partager un cheminement. Il assume que certaines interrogations ne disparaissent pas complètement, qu’elles évoluent avec le temps et l’expérience.
Son passage à la Star Academy lui a peut-être offert un espace pour se révéler autrement. Sur scène, il a pu exprimer ses émotions, canaliser ses fragilités dans l’interprétation. La musique devient alors un refuge, un moyen de transformer la douleur en création. Ce n’est sans doute pas un hasard si tant de ses prestations ont été saluées pour leur intensité émotionnelle.
Aujourd’hui, alors qu’il s’apprête à rejoindre la grande tournée qui débutera le 27 février à Reims, Victor avance avec une maturité nouvelle. L’exposition médiatique n’a pas effacé ses questionnements, mais elle lui a permis de se sentir soutenu. Les messages d’amour reçus après son élimination en témoignent. Il découvre qu’il n’est pas seul, que son histoire résonne chez d’autres.
En partageant ces confidences, il offre une parole précieuse. Il rappelle que derrière les paillettes des plateaux télévisés se cachent des parcours personnels complexes. Il montre qu’il est possible de parler de ses doutes sans perdre sa force. Au contraire, cette vulnérabilité devient une puissance.
Victor incarne ainsi une génération d’artistes qui n’hésitent plus à évoquer leurs failles. Sa sincérité contribue à ouvrir des discussions nécessaires sur l’identité, le regard des autres et la construction de soi. Et si certaines blessures laissent des traces, elles peuvent aussi nourrir une sensibilité artistique rare.
Son histoire ne se résume pas à une demi-finale ou à une élimination. Elle s’écrit désormais au-delà de l’émission, dans les salles de concert, dans les studios, et dans ces moments de vérité partagés avec le public. Le jeune homme qui chantait devant une boulangerie poursuit son chemin, fort de ses expériences et de ses réflexions.
Il avance avec ses doutes, ses espoirs et cette phrase qui résonne longtemps : "Un des trucs qui m'a fait le plus mal dans cette vie." En la prononçant, il ne cherche pas la compassion, mais la compréhension. Et c’est peut-être là que réside sa plus grande force.

















































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