Marcel Amont : Les secrets de ses derniers instants et ses volontés bouleversantes pour des obsèques dans l’ombre
- Pierre Howard

- 22 janv.
- 5 min de lecture
La France a perdu l’un de ses sourires les plus lumineux, l’un de ces artistes dont la simple apparition suffisait à faire naître la joie. Le mercredi 8 mars 2023, Marcel Amont s’est éteint à l’âge de 93 ans, refermant doucement le livre d’une vie exceptionnelle, écrite sur plus de sept décennies de chansons, de scènes et de rencontres. Figure emblématique de la chanson française des années 60 et 70, il restera à jamais associé à cette énergie communicative, à ce goût du spectacle total, à cette manière unique de mêler le chant, la danse et le rire avec une élégance désarmante. Pourtant, au moment de tirer sa révérence, celui que le public imaginait entouré d’hommages grandioses a fait un choix radicalement opposé : partir dans l’ombre, loin du bruit, loin des projecteurs, fidèle à une pudeur qui n’a jamais cessé de le définir.
Marcel Amont a connu la ferveur des foules, les salles combles, les applaudissements qui n’en finissent plus. Il a fait danser la France entière sur “Le Mexicain”, fredonner “Bleu, blanc, blond”, sourire devant ses apparitions télévisées où son enthousiasme semblait inépuisable. Il incarnait cette génération d’artistes complets, capables de transformer chaque prestation en moment de partage. Pourtant, derrière l’artiste solaire se cachait un homme profondément attaché à sa vie privée, à sa famille, à une certaine discrétion qu’il a toujours farouchement protégée. Cette dualité entre la scène et l’intime a trouvé son expression la plus forte dans les volontés qu’il a laissées pour ses derniers instants.
Selon les informations révélées après son décès, Marcel Amont avait exprimé de manière très claire son souhait de ne pas avoir de funérailles officielles. Pas de cérémonie nationale, pas de grand hommage public, pas de discours solennels. Pour son dernier voyage, il voulait la simplicité, presque le silence. Sa crémation devait se dérouler dans la plus stricte intimité familiale, loin des regards, loin des caméras. Un choix qui a profondément touché ceux qui l’ont aimé, car il révèle une cohérence rare entre l’homme et l’artiste. Celui qui avait tant donné au public souhaitait, pour une fois, se réserver à ceux qui comptaient le plus pour lui.
Ses quatre enfants, Katia, Alexis, Vladimir et Mathias, issus de ses deux unions, ont tenu à respecter scrupuleusement cette volonté. Dans la douleur de la perte, ils se sont unis pour préserver ce moment hors du temps, ce dernier instant de vérité familiale. Leur décision n’était pas un refus du public, mais au contraire une manière d’honorer l’essence même de Marcel Amont : un homme libre, qui a toujours choisi sa route sans jamais se laisser enfermer par les attentes extérieures. Ce départ dans l’ombre résonne aujourd’hui comme un dernier acte de sincérité.

Pourtant, fidèle à sa générosité, Marcel Amont n’a pas totalement oublié ceux qui l’ont accompagné tout au long de sa carrière. Conscient de l’attachement immense que lui portaient ses admirateurs, un hommage a été rendu possible pour le public. Du 15 au 19 mars, le funérarium de Nanterre a ouvert ses portes afin de permettre aux fans de venir se recueillir. Chaque après-midi, dans un calme respectueux, des anonymes, parfois émus jusqu’aux larmes, sont venus déposer une pensée, une fleur, un souvenir. Ce moment de recueillement, simple et sans faste, ressemblait profondément à l’artiste qu’ils venaient saluer.
Ce dernier rendez-vous n’avait rien d’une grande messe médiatique. Il s’agissait plutôt d’un murmure collectif, d’un merci chuchoté à celui qui avait accompagné tant de vies par ses chansons. Certains se souvenaient de leur enfance, d’autres d’un concert, d’une émission de télévision regardée en famille. Tous avaient en commun ce sentiment d’avoir grandi avec Marcel Amont, d’avoir partagé un bout de chemin avec lui sans même l’avoir rencontré. C’est peut-être là la plus grande réussite de cet artiste : avoir été proche sans jamais être envahissant.
Les derniers instants de Marcel Amont, tels que rapportés par ses proches, dessinent le portrait d’un homme d’une lucidité impressionnante. Sur le plateau de CNews, Jean-Pierre Pasqualini, journaliste et ami intime, a livré un témoignage empreint d’émotion. Il a décrit un Marcel Amont conscient de l’approche de la fin, mais étonnamment apaisé. Malgré un corps affaibli, malgré un cœur fatigué, son esprit restait vif, présent, presque joueur. “Il était heureux, fier et honoré qu’on vienne lui dire au revoir”, a confié son ami, soulignant cette capacité rare à accueillir la fin sans peur excessive, avec une dignité silencieuse.
Même alité, même lorsque les mots devenaient plus difficiles à prononcer, Marcel Amont savait que le rideau allait bientôt tomber. Cette conscience n’était pas teintée de tristesse amère, mais plutôt d’une forme de gratitude. Il savait ce qu’il avait vécu, ce qu’il avait transmis, ce qu’il laissait derrière lui. Ses proches ont pu partager avec lui des instants précieux, faits de regards, de silences, de souvenirs évoqués à demi-mot. Ces moments, simples et profonds, valent sans doute tous les grands discours.
La disparition de Marcel Amont marque symboliquement la fin d’une époque. Il appartenait à cette génération d’artistes pour qui le spectacle était un art total, un engagement physique et émotionnel. Il ne se contentait pas de chanter : il vivait ses chansons, il les incarnait de tout son corps. Cette énergie, presque enfantine, a traversé les décennies sans jamais se faner. Jusqu’à un âge avancé, il conservait ce regard pétillant, cette curiosité intacte pour le monde et pour les autres.

Son héritage est immense, même s’il ne se mesure pas uniquement en disques vendus ou en succès radiophoniques. Il réside dans les souvenirs collectifs, dans ces refrains qui surgissent encore spontanément, dans ces images d’archives où il bondit sur scène avec une joie contagieuse. Il réside aussi dans l’exemple qu’il laisse : celui d’un homme resté fidèle à lui-même, refusant les compromis inutiles, choisissant jusqu’au bout la liberté.
En décidant de partir sans grand cérémonial, Marcel Amont a offert une dernière leçon. Il nous rappelle que la grandeur n’a pas besoin de bruit, que la pudeur peut être plus forte que les projecteurs, et que l’essentiel se joue souvent loin des regards. Son adieu discret contraste avec l’éclat de sa carrière, mais il en est le prolongement logique. Il s’en va comme il a vécu : avec élégance, humanité et une forme de légèreté qui continue de résonner longtemps après la dernière note.
Aujourd’hui, la France se souvient de lui avec tendresse. Marcel Amont n’est plus, mais son sourire, lui, demeure. Il flotte dans l’air chaque fois qu’une de ses chansons est diffusée, chaque fois qu’un souvenir refait surface. Il a quitté la scène sans bruit, mais il restera longtemps dans les cœurs, comme une mélodie douce que l’on n’oublie jamais.

















































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