$u1-c1de de Camélia : victime de harcèlement scolaire, une adolescente de 17 ans $e tue en descendant sur les rails du RER
- Émilien Charvoz

- 22 janv.
- 3 min de lecture
Mardi 13 janvier, en fin d’après-midi, une adolescente de 17 ans a perdu la vie à la gare de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne. Son prénom était Camélia. Derrière ce drame, il n’y a ni fait divers anodin ni fatalité incompréhensible, mais l’histoire d’une jeune fille fragile, discrète, profondément affectée par un harcèlement scolaire qui, selon ses proches, était devenu insupportable.
Camélia était lycéenne. Une adolescente comme tant d’autres, décrite par sa famille comme sensible, réservée, attentive aux autres. Depuis plusieurs semaines, elle faisait face à des comportements répétés qui l’isolaient, la blessaient et la fragilisaient. Des paroles, des regards, des attitudes qui, mises bout à bout, ont peu à peu érodé sa confiance et son sentiment de sécurité. Le harcèlement scolaire, lorsqu’il s’installe, agit souvent de manière silencieuse. Il ne laisse pas toujours de traces visibles, mais il s’infiltre dans l’esprit, altère l’estime de soi et donne l’impression que l’on est seul face à un mur.
Selon les informations rapportées par plusieurs médias, les faits auraient débuté au mois de décembre. Camélia aurait alors tenté de faire face, comme beaucoup d’adolescents le font, en espérant que la situation s’apaise d’elle-même. Mais les jours passant, le poids devenait trop lourd. À 17 ans, on n’a pas toujours les mots pour décrire ce que l’on ressent, ni la force de demander de l’aide quand on a l’impression de ne pas être entendu.
Le jour de sa mort, Camélia avait été convoquée par le chef de son établissement scolaire. Ce rendez-vous représentait peut-être, pour elle et sa famille, une possibilité de reconnaissance de sa souffrance, un moment où la situation pourrait enfin être comprise et prise au sérieux. Mais selon ses proches, l’entretien aurait eu l’effet inverse. Camélia se serait sentie incomprise, voire mise en cause. Loin d’apaiser son mal-être, cet échange l’aurait profondément déstabilisée.

À la sortie de cet entretien, Camélia a envoyé plusieurs messages à sa mère. Des mots simples, mais chargés d’une émotion bouleversante. Elle y exprimait son sentiment d’injustice, sa douleur d’être perçue comme fautive, et surtout, son amour. "Ils ont dit que c’est moi la fautive et que j’aurai une sanction disciplinaire. Je t’aime de tout mon cœur", écrivait-elle. Quelques minutes plus tard, un autre message évoquait des paroles qui l’avaient profondément blessée. Puis est venu ce dernier message, accompagné de deux cœurs, dans lequel elle rappelait à sa mère combien elle l’aimait.
Ces mots résonnent aujourd’hui comme un adieu que personne n’a su entendre à temps. Ils témoignent d’un attachement immense à sa famille, mais aussi d’un sentiment d’abandon et de détresse extrême. Après avoir quitté précipitamment son cours, Camélia s’est rendue à la gare. La suite appartient désormais au silence et au deuil.
Deux enquêtes ont été ouvertes. L’une, administrative, devra établir les faits liés au harcèlement scolaire et déterminer d’éventuelles responsabilités. L’autre vise à préciser les circonstances exactes du décès. Pour la famille, ces démarches sont essentielles, non pour raviver la douleur, mais pour comprendre, pour que la vérité soit dite, et surtout pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise.
Le suicide d’un adolescent n’est jamais le résultat d’un seul événement. Il est souvent l’aboutissement d’une accumulation de souffrances, de non-dits, de signaux faibles qui n’ont pas été pris en compte. Le harcèlement scolaire est aujourd’hui reconnu comme un phénomène massif. En France, selon les chiffres de l’UNICEF, près de 700 000 élèves en sont victimes chaque année, dont environ la moitié de manière sévère. Derrière ces statistiques, il y a des visages, des voix, des histoires. Camélia n’est pas un simple chiffre. Elle était une fille, une élève, une enfant aimée.
Ce drame pose une nouvelle fois la question de la prise en charge de la souffrance des adolescents. Comment mieux repérer les situations de harcèlement ? Comment accompagner les victimes sans les culpabiliser ? Comment faire en sorte que la parole des jeunes soit entendue et crue ? L’école, la famille, les institutions et la société dans son ensemble ont un rôle à jouer. Il ne s’agit pas seulement de sanctionner, mais de prévenir, d’écouter et de protéger.

La mort de Camélia laisse une famille endeuillée, des proches anéantis, et une communauté scolaire marquée à jamais. Elle rappelle, avec une brutalité insoutenable, que les mots peuvent tuer, que l’indifférence peut faire autant de dégâts que la violence visible, et que chaque signal de détresse mérite une attention immédiate.
Parler de Camélia aujourd’hui, ce n’est pas raviver un drame, c’est refuser l’oubli. C’est rappeler que derrière chaque élève silencieux peut se cacher une souffrance immense. C’est aussi encourager celles et ceux qui se sentent en difficulté à ne pas rester seuls.
Si vous ou l’un de vos proches êtes en situation de détresse, des aides existent. En France, le numéro national de prévention du suicide, le 3114, est accessible gratuitement, 24h/24. Parler peut sauver une vie.

















































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